Paysages culturels du haut atlas : entre valorisation patrimoniale, tourisme et renforcement de la gouvernance, Cas de l’aire et territoire du patrimoine communautaire Oukaimeden
Paysages culturels du haut atlas : entre valorisation patrimoniale, tourisme et renforcement de la gouvernance, Cas de l’aire et territoire du patrimoine communautaire Oukaimeden
Le présent projet est conçu pour soutenir les communautés gestionnaires de l’APAC Agdal Oukaimeden à faire face aux différentes menaces auxquelles cette APAC est sujette. Il vise à contribuer au maintien et à la gestion durable de l’Agdal de l'Oukaimeden et à sa reconnaissance comme patrimoine communautaire à travers la mise en œuvre des activités suivantes:
- Engagement d'un Processus de Renforcement Autonome et diagnostic de référence de l'Agdal de l'Oukaimeden, soumission des dossiers de l'Agdal Igourdane, Agdal Oukaimeden et Imegdal à l'examen par les pairs et enregistrement dans la base de données national et dans l’ICCA Registry (PNUE.WCMC) y compris la publication de trois études de cas sur Protected Planet
2- Développement d'une méthodologie de recherche scientifique participative de description de l’état de la biodiversité et d’évaluation des bénéfices de la pratique de l'Agdal en termes de conservation des espèces et des habitats
3- Création du réseau APAC du Haut Atlas et plaidoyer en faveur du respect des modes de vies des communautés de transhumants
4- Mise en place d'un produit écotouristique autour de « Agdal N’Sidi Fars» et de la pratique de la transhumance engageant la mobilisation de petites entreprises touristiques locales, la création d’un écomusée de la transhumance « centre de l’Agdal » gérés par des jeunes (H/F) et la constitution d’une équipe de guides éco-interprètes
5- Conduite d'actions de restauration et de re-végétalisation des zones dégradées prioritaires de l’Agdal Oukaimeden par les communautés gestionnaires de l’Agdal en collaboration avec les acteurs institutionnels pertinents (Direction du PNT et la Commune Rurale d’Oukaimeden)

Pour les Marocains comme pour les étrangers, le site ”Oukaïmeden” est surtout connu pour sa station de ski, une des plus importantes d’Afrique du Nord, pour ses grandes valeurs paysagères, et pour son grand potentiel pour les activités sportifs, randonnées, alpinisme etc. Malheureusement, Oukaïmeden est très peu connu comme espace dépositaire d’une histoire et d’un patrimoine naturel et culturel d’une valeur inestimable - comme en attestent les nombreuses études entreprises par des chercheurs de différentes disciplines, sciences sociales et de la nature - qu’il convient de préserver.

En effet, l’Agdal Oukaïmeden présente nettement les trois caractéristiques clés d’une APAC :

(i) un Territoire, site naturel d’importance écologique située au cœur d’une aire protégée, en l’occurrence le Parc National du Toubkal,
(ii) des communautés gardiennes, Oukaïmeden présente la particularité d’une gestion intertribale Ourika et Reghaya qui fonctionne bien,
(iii) un système de gouvernance efficace (Igouram, Gardien de l’agdal encore appelé Moqadem de l’agdal), et des règles rigoureuses de Gestion de l’agdal (le terme agdal fait référence à la règle qui est de fermer ; en l’occurrence fermer le territoire pendant une période au pâturage), et (iv) les décisions et les pratiques communautaires conduisent à la conservation de la biodiversité. Partant de là l’Agdal Oukaïmeden peut être caractérisé d’APAC établie mais sujette à de nombreuses convoitises.

Les experts en sciences sociales, décrivent “l’agdal Oukaïmeden , “ ou encore “Amenougar “ (lieu de rencontre en amazighe), comme le réceptacle d’une culture matérielle et immatérielle, préservée depuis des générations par des tribus de transhumants (représentées aujourd’hui par les tribus Reghaya et Ourika), comme en témoignent les gravures rupestres aussi nombreuses que diversifiées, et qui s’exprime au travers d’activités festives faites de danses et de célébrations de rituels dédiées au saint protecteur de l’agdal (Sidi Fars) et aux esprits des lieux : le moussem de sidi Fars, le sacrifice sanglant, le rituel d’Arkoko/offrande à Ouled sidi Fars, «Issli Timzli », lieu de prière de sidi Fars, etc. A l’instar de l’ensemble des agdals de l’Atlas Marocain, le religieux et le sacré sont en effet au fondement du fonctionnement de l’Agdal Oukaïmeden ; Il est d’ailleurs appelé par les communautés locales, Agdal N’Sidi Fars, en référence au saint protecteur.

Au plan du patrimoine matériel, Oukaïmeden abrite des ouvrages architecturaux originaux, de véritables ‘‘villages de transhumants’’, appelés Azibs. Ce sont des grottes qui servent d’habitats aux transhumants des deux tribus Reghaya et Ourika. Chaque sous-groupe ethnique a son propre espace « Azibs » où sont construits les enclos pour le bétail et les « habitations temporaires » des transhumants.

Les biologistes et les écologistes, dont GDF et MBLA, soulignent tout particulièrement les effets bénéfiques de la pratique de « l’agdal », sur la couverture végétale qui font de l’Oukaïmeden un important réservoir de biodiversité. De nombreuses espèces endémiques s’y maintiendraient encore grâce à la pratique communautaire de la mise en défens printanière permettant la reconstitution des espèces végétales, la floraison et l’arrivée à maturité des semis, et ainsi la résilience de l’écosystème.

L’Agdal Oukaïmeden joue par ailleurs, un rôle socio-économique primordial dans la stabilité sociale des communautés locales ; il est considéré depuis des siècles comme une source de subsistance très importante pour les pasteurs transhumants, et reste encore aujourd’hui –malgré le développement d’autres activités telles que l’arboriculture fruitière et le tourisme sportif et de montagne- une ressource stratégique pour grand nombre d’habitants des 50 villages limitrophes de l’espace de parcours d’Oukaïmeden, soit les ayants droit des deux tribus Rheraya et Ourika.

Mais c’est toute la symbolique (religieuse, spirituelle) autour du lieu, extraordinairement ancrée dans la mémoire collective (juste qu’aux petits enfants qui attendent vivement chaque année l’ouverture de l’agdal et le début des festivités), qui fait que malgré que les communautés locales, en particulier les jeunes, se soient adaptées progressivement à « un nouveau modèle économique basé principalement sur le tourisme sportif d'hiver et de montagne », n’ont pas pour autant abandonné la pratique de l’agriculture et surtout du pastoralisme transhumant qui comptent encore un grand nombre de partisans au sein de ces deux communautés. Décision sage d’ailleurs, au vu des conséquences du CC « moins de neige et donc pas d’activités de sports d’hiver ».

Le risque de voir disparaitre l’agdal et la transhumance reste néanmoins omniprésent ; l’agdal Oukaïmeden et la biodiversité dont il recèle, sont véritablement menacés. Pour toutes les potentialités évoquées plus haut, le site est en effet sujet aux convoitises perpétuelles d’investisseurs étrangers, souvent appuyées par les autorités locales ; (Terrains de golf, Station permanente de ski, etc.). Les projets et les propositions se succèdent, tous aussi inadaptés les uns que les autres, et témoignant une méconnaissance totale de l’importance écologique et culturel du site.

Les menaces qui pèsent sur l’Agdal Oukaïmeden sont aussi bien internes, qu’externes et peuvent se résumer comme suit :

a) le relâchement de la discipline collective qui régit et organise l’accès au parcours, ainsi que les croyances et rituels religieux qui la légitimaient;
b) le changement des systèmes d’activités et des modes de vie des transhumants eux-mêmes (le développement d’autres métiers plus valorisants et plus rémunérateurs, le travail hors du territoire,…) ;
c) Le surpâturage et l’extension des mises en culture au détriment des parcours (en particulier de l’arboriculture considérée plus rentable) ;
d) La reconversion des Azibs en bâtiments en dur, ou même leur abondant ou destruction ;
e) le manque de transfert du savoir-faire entre génération.

Les menaces externes sont aussi sérieuses, notamment:

a) les effets négatifs du changement climatique ;
b) le tourisme de masse en saison hivernal, avec un nombre élevé de visiteurs mal ou pas du tout informé, avec tous les effets néfastes engendrés sur la nature, la biodiversité et les écosystèmes (pollution des cours d’eau amoncellement des déchets, piétinement, etc.);
c) Le foncier de l’agdal très convoités par des investisseurs étrangers ;
d) Le découpage administratif, qui fait qu’aujourd’hui une grande partie du parcours est sur le territoire de la commune rurale d’Oukaïmeden, où seule la tribu de Reghaya est représentée.

Autant d’éléments qui justifient une intervention urgente. Jusque-là une forte mobilisation de la population locale soutenue par quelques alliés parmi la communauté scientifique, a pu préserver l’intégrité du site, mais jusqu’à quand ? Renverser la tendance en faveur du maintien de la pratique de l’Agdal à Oukaïmeden est tout l’enjeu du présent projet qui se veut également contribuer au rétablissement vert et économique post Covid 19.

 

Project Snapshot

Grantee:
Moroccan Biodiversity and Livelihoods Association
Country:
Morocco
Area Of Work:
Biodiversity
Grant Amount:
US$ 50,000.00
Co-Financing Cash:
US$ 55,561.85
Co-Financing in-Kind:
US$ 3,507.98
Project Number:
MOR/SGP/OP7/Y1/ICCA-GSI-COVID/2021/06
Status:
Currently under execution
Project Characteristics and Results
Policy Impact
1. Influence des politiques publiques territoriales : l’intégration des considérations liées au maintien et à la gestion durable de l’agdal Oukaïmeden dans le Plan d’Action Communal permettra d’enrichir ces politiques. 2. Les politiques régionales et nationales en matière de préservation de la biodiversité et en matière d’adaptation au changement climatique: la production d’études de cas et d’une note de position par le consortium APAC Maroc sur la pratique de l’agdal permettra de contribuer à enrichir ces politiques.
Gender Focus
Dans le Haut Atlas, beaucoup de communautés sont encore très conservatrices ; la mixité hommes femmes n’est pas tolérée et les femmes sont peu représentées dans les instances locales de gouvernance et ne participent pas à la prise de décision. Pourtant, les femmes sont aujourd’hui majoritairement les ferventes « défenseurs » de l’Agdal, et ont des perspectives, besoins et connaissances particulières en matière de gestion des ressources naturelles. Pour cette raison et tenant compte des recommandations et suggestions que les femmes ont partagées avec nous, le projet préconise l’adoption de l’approche genre en tant que principe d’action et en tant que méthodologie pour : (i) Réaliser un diagnostic et une analyse comparée de la situation des femmes et des hommes tant d'un point de vue économique que social et culturel : relation avec l’Agdal, participation actuelle et future dans les instances de gouvernance (Jmaâ, associations, coopératives, communes, etc.), aspirations (données sexospécifiques) (ii) Désigner un point focal Genre au sein de l’équipe de terrain ; (iii) Produire des indicateurs désagrégés par sexe pour le suivi des activités du projet ; (iv) Etablir avec les jeunes femmes, en particuliers des diplômées de la zone, un plan d’action « Genre » permettant un meilleur ciblage et implication des femmes dans le projet. Grâce à ce plan d’action, les femmes bénéficieront au même titre que les hommes des formations, des activités et des moyens de subsistance prévus par le projet (écotourisme, réhabilitation de la biodiversité, etc.), et profiteront directement au même titre que les hommes des retombées économiques du projet. Plus concrètement, comme il s’est avéré d’après notre expérience de travail à Oukaïmeden que la communauté locale est très conservatrice, les ateliers, les focus groupes, les formations et les enquêtes seront organisées dans une première phase de manière séparés.
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Indicators
Biophysical
Number of globally significant species protected by project 32
Biophysical
Hectares of globally significant biodiversity area protected or sustainably managed by project 800
Biophysical
Number of innovations or new technologies developed/applied 2
Biophysical
Number of local policies informed in biodiversity focal area 1
Biophysical
Number of national policies informed in biodiversity focal area 1
Empowerment
Number of CBOs / NGOs participated / involved in SGP project 1
Empowerment
Number of women participated / involved in SGP project 130
Livehood
Total monetary value (US dollars) of ecosystem goods sustainably produced and providing benefit to project participants and/or community as a whole (in the biodiversity, international waters, and land degradation focal areas as appropriate) 5
Livehood
Number of households who have benefited* from SGP project 7828
Livehood
Number of individuals (gender diaggregated) who have benefited* from SGP project 48986

SGP Country office contact

Ms. Badia Sahmy
Phone:
+ 212 5 37 57 15 56
Fax:
+ 212 5 37 57 15 54
Email:

Address

15, av Ben Barka, Secteur 4, Bloc M
Rabat Hay Riad, 10100